Par emelm
Jeudi
Les enfants se réveillent lors de l’escale à Francfort et mettent un peu d’animation dans l’avion.
Nous discutons avec nos voisins, beaucoup d’africains sont très touchés par cette démarche d’adoption, et nous témoignent de l’amitié et même de la reconnaissance. Un rwandais qui vient étudier en France me dit en pleurant : «Que Dieu vous bénisse, vous sauvez ces enfants qui n’ont plus rien à attendre de leur pays, car nous sommes trop pauvres pour les nourrir et les instruire, mais c’est dur de les voir partir !» Nous n’avions jamais envisagé l’adoption d’un point de vue humanitaire, ça me secoue pas mal ; il y a tant à faire et nous sommes si petits devant la misère du monde…
7h55 : Enfin, Paris ! Nous sommes pressés, pressés de rentrer dans notre « chez-nous », de commencer à vivre « normalement ». Je suis toute retournée de confier Enatnesh à sa maman et son papa et de retrouver dans leurs premiers regards échangés le bouleversement de la semaine dernière. Allez, vite, embrassons-nous et séparons-nous en nous souhaitant bonne route, avant de re-pleurer.
Nous avons encore beaucoup de route avant d’arriver à la maison, mais au moins la voiture, c’est notre premier lieu rien qu’à nous. Petit Loup et Tchatchi la trouvent très jolie, chaque nouveauté les enchante. Ils sont gais comme des pinsons, chantonnent en amharique, leurs petites voix sont la plus charmante musique que nous ayons jamais entendue.
Heureusement que nous avons appris le mot magique « shintubeth » (WC), nous pouvons nous arrêter aussi souvent qu’ils en en ont besoin.
Un incident m’a profondément émue Petit Loup a eu le mal de la route et son expression de désolation en voyant les dégâts m’a déchiré le cœur ; j’ai nettement vu dans son regard la confusion mêlée à la terreur d’avoir loupé un examen. Nous avons arrêté le plus vite possible la voiture pour le serrer dans nos bras, le consoler, le rassurer, l’embrasser, lui dire des mots tendres, le cajoler. Nous avons ensuite fait disparaître de notre mieux les traces de sa honte. Heureusement, j’avais des vêtements de rechange pour tout le monde dans le coffre et nous ne nous étions pas encore changés. Nous avons trouvé des sacs que nous avons placés à sa portée en lui montrant comment s’en servir, nous lui avons appris « mal au ventre » et « vomir », et en rassurant à nouveau nos deux petits trésors, en plaisantant nous sommes repartis. Une halte dans une pharmacie m’a permis d’acheter la sensationnelle « cocculine » à laquelle j’aurais du penser plus tôt. Elle a beaucoup servi depuis.
Après un détour involontaire par Versailles, « n » pauses-pipi, un nombre incalculable de motos nous dépassant en arrachant des cris de ravissement à nos deux vrais petits mecs, deux repas légers et quelques heures de route, nous voici devant la maison.
Petite Poulette et Petit Lion nous guettaient, ils sortent en courant et ouvrent les bras à leurs nouveaux petits frères qui n’hésitent pas à s’y jeter, chacun essayant de prononcer le prénom des autres.
C’est trop, c’est trop, nous rentrons vite et
refermons enfin la porte de notre « home, sweet home » pour la plus phénoménale fricassée de museaux de l’Histoire du Bisou.
Chers visiteurs, bienvenue !



















L’après midi arrive, ce dernier après midi… Les enfants ont revêtu des costumes traditionnels, ils
sont tous plus beaux les uns que les autres. Ils dansent sur de la musique éthiopienne, une danse très saccadée au niveau de la tête et des épaules, les mains aux côtés. Ils se régalent de
biscuits et de sodas.
Pendant notre dernier repas à Addis, nos petitous arrivent avec 4 mamas, ils sont dans leurs vêtements de tous
les jours. Ils découvrent avec ravissement les paquets d’habits marqués à leur nom, préparés par les mamas, comme une dernière surprise pour ces enfants qu’elles ont choyés pendant quelques mois.
Je comprend pourquoi il ne nous fallait pas emmener nous même des vêtements pour eux, et puis nous aurions eu bien du mal à estimer la bonne taille. Ces habits sont donnés par des parents qui ont
adopté avec ERM, ils sont neufs ou presque, en très bon état, y compris des chaussures de très bonne qualité. Les mamas ont de la fierté à les faire beaux pour leur départ. Encore des larmes pour
tout le monde quand elles nous quittent et nous laissent à notre grande aventure avec nos petits, plus d’interprètes, plus d’intermédiaires, rien que eux et nous….
L’aéroport d’Addis Abeba est magnifique, une merveille architecturale, même s’il comporte assez peu d’équipements.
En tout cas les WC sont grandioses, vastes, modernes,
Bon, ça fait drôle de se dire que les enfants vont quitter dans 24h tout ce qu’ils ont connu jusqu’à présent,
alors que nous, les parents allons juste retrouver notre univers habituel après une petite parenthèse de quelques jours dans un autre monde. Il est vrai que nous sommes tous bouleversés par cette
expérience et que ce qui nous paraissait aller de soi il y a 8 jours, nous ne pourrons plus le regarder comme avant.
Les pauvres chéris auront aussi cette joie dans quelques semaines, mais pour les notres, ce temps privilégié est
précieux en qualité de relation personnelle avec leurs nouveaux parents encore inconnus. Ce n’est pas si facile avec une autre langue. Nous leur avons donné des jeux et des petites bricoles rien
que pour eux, ils ont préféré les laisser dans nos chambres pour ne pas exciter la convoitise de leurs petits camarades restés à la « Petite Maison ».
L’après-midi, les enfants sont revenus avec nous, cette fois, c’est bien sûr, ils ont bien compris que nous
sommes leurs papas et mamans rien qu’à eux, puisque les autres restent à la « Petite Maison ». Ils ont colorié, très soigneusement et joué au ballon. Enitewow et Yizengaw se sont
beaucoup amusés de l’empreinte de leurs pieds que j’ai dessinées pour l’achat des chaussures au retour.
Après un petit moment calme au frais, sous les grands parasols du jardin, nous retournons à la « Petite
Maison ». Assefa est venu avec les dossiers des enfants, Enitewow et Yizengaw ont de belles dates de naissance, celles que je souhaitais, 8 décembre (Notre Dame de La Prière) et 13 mai
(Notre Dame du Rosaire). Assefa a répondu très patiemment à toutes nos questions sur l’origine et le passé de nos petits. C’est ainsi que nous avons appris avec un grand désarroi que l’un de nos
petits a été placé comme domestique (esclave même) et qu’il a été très difficile de le récupérer (racheter). Mon cœur s’est serré et j’en reste blessée encore aujourd’hui. Avant que cet
enfant puisse exprimer puis oublier cette souffrance, les mots nous manqueront pour nous comprendre, il nous faudra veiller à ce que les petits services que nous demandons aux enfants ne soient
pas perçus comme une nouvelle servitude. Il faudra faire les choses avec lui, j’ai peur qu’il croie qu’il vient en France pour servir. Le passé de nos enfants, toute leur histoire est comme une
sorte de momie, bien emmaillotée, qu’il nous faudra découvrir au fur et à mesure qu’il en déferont les nœuds , sans trop y toucher de peur de briser quelque
chose.-donatedth_b.jpg)

Je continue de découvrir nos fils, Enitewow est plus
réservé, un peu comme Petit Lion. (Il aime bien les câlins mais il ne faut pas trop le montrer, pas afficher trop d’affection pour sa maman, les grands garçons ont leur
fierté !)
Comme l’avion avait un peu d’avance, nous avons du
survoler Addis Abeba pendant environ 40 minutes (trois petits tours) car au sol, la piste n’était pas éclairée, et il fallait bien sûr attendre qu’elle soit prête à nous accueillir !
Ensuite, il y a eu une assez longue attente pour récupérer nos bagages (j’ai contribué par mon étourderie à prolonger la veille de tout le monde en cherchant en vain une valise beige, et pour
cause, il s’agissait en fait d’une valise bleue !) et la crainte de ne pas franchir la douane avec nos 8 ordinateurs.
La « Maison des Parents » comporte deux jolies petites maisons de plain-pied, dans une même cour
fermée, entourée d’un mur, avec un joli jardin. Celui-ci est bien soigné, rosiers, fuschias, géraniums, filao l’égayent, il y a une pelouse « à l’anglaise », dans un autre coin quelques
plantes potagères, de très beaux plants de tomates entre autres. Les deux petites maisons sont très bien arrangées, avec goût et confort. Dans la principale il y a 3 chambres doubles, une
salle de bains (WC à l'intérieur), la cuisine, la salle à manger salle de séjour, la deuxième comporte 3 chambres (dont au moins 1 double, les deux autres je ne sais pas) avec leur propre salle
d'eau chacune. La literie est fournie, impeccable, le linge de toilette est à apporter par chacun.
Vers 8h, Lyia (directrice de la "Petite Maison") nous emmène (à jeun) à la "petite maison" (2minutes à
pieds) quand nous avons passé le portail de fer, bien gardé par Awaka, très souriant, nous avons à notre gauche dans la cour les tables où les enfants sont installés pour le petit déjeuner ; nous
essayons le coeur battant d'identifier les notres et eux de leur côté en font autant.
Vers 9h il faut déjà les quitter pour aller déjeuner nous même, c’est vrai que les émotions ça creuse ;
Mais nous avons vite fait. Jamais je n'ai avalé mon café aussi rapidement ni brossé mes dents aussi sommairement ! Car juste après on y retourne !
Enitewow a déjà 6
petites dents de loup remplaçant ses dents de laits.
Assefa a pris le temps de nous expliquer la signification de chaque prénom, j’en suis très heureuse, nous
comprenons mieux leur histoire, malgré le peu d’information sur leur passé. Enitewow et Yizengaw sont des prénoms uniques, car ils sont une évocation des circonstances, lieu, date et histoire de
leur famille au moment de leur naissance.
Petit Coeur est merveilleusement tendre avec eux. Déjà, ils nous
testent : par exemple l’un vient vérifier que la petite voiture qu’il a glissée dans la poche de Petit Coeur est toujours là, qu’il ne l’a pas donnée à un autre enfant (ils ne possèdent
aucun jouet personnellement, tout est à la collectivité). Ils nous cherchent du regard quand ils vont à table (tu es toujours là ? regarde-moi) Ils sont très sages, posés, silencieux et
obéissants.
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Et dire que la reine de Saba, aïeule de nos petites princesses et de
nos petits princes d'Ethiopie, était en son temps considérée comme la plus belle femme du monde !!!
Ca leur a passé et ça revient de temps en temps...
Un peu vexé, il rétorque : "Mais, non, c'est toi Maman, avec moi dans ton
ventre. Regarde, j'ai fait tes yeux bleus !"
La pauvreté tue chaque heure dans le
monde 1200 enfants. Le fossé entre riches et pauvres se creuse. Les 500 personnes les plus riches gagnent plus ensemble que les 416 millions de personnes les plus pauvres du globe. Des disparités
inacceptables alors que le monde accuse du retard sur les « objectifs du millénaire » fixés pour 2015 et prévoyant à l'origine la diminution 50 % de la pauvreté.
Au moins 2,5 milliards de personnes vivent encore avec moins de 2 dollars par jour, et 115 millions d'enfants ne vont pas à l'école.

La souffrance, la douleur, physique ou morale, serait-elle une
nécessité pour l'homme ?
Je sais que Dieu n'a pas voulu que Son Fils souffre. Il est venu pour nous
sauver, et il a fallu qu'Il passe par la souffrance et par la mort, parce que le mal existe et envahit, cherche à régner sur le monde. Si le Christ avait pu nous sauver sans
souffrir, je crois qu'Il l'aurait fait. Il l'a demandé à Son Père : "Si cela est possible, Père, éloigne cette coupe de mes lèvres,....mais que Ta Volonté soit faite.
J’ai constaté que les personnes qui ont vécu longtemps, qui ont été déjà
blessées dans leur amour, qui ont perdu l'Amour, sont plus fragiles devant la souffrance, que le Mal les gagne plus facilement par le désespoir.
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