Cette question nous a beaucoup occupés ! Et nous en avons bien discuté, des heures entières !

En fin de compte nous avons estimé que "nommer" notre enfant était très important pour nous en tant que parents. Symboliquement, notre premier acte parental fut donc de NOMMER nos enfants.

Bien sûr nous aurions pu "nommer" nos fils en choisissant le prénom éthiopien...Mais la phonétique délicate du prénom de nos fils nous a aussi aidés à opter pour le changement de prénom.

Et nous voulions montrer notre désir qu'ils soient des enfants "comme les autres" et faciliter leur intégration dans notre famille en donnant un prénom de "même famille",  un prénom "assorti" à ceux de leurs frère et soeur et de leurs cousins et cousines...

Nous avons utilisé uniquement le prénom éthiopien de nos fils, pendant notre séjour en Ethiopie, et ensuite à la maison nous avons commencé d'y accoler le prénom que nous avions choisi pour eux. Ce fut d'abord Enitewow-Tilou et Yizengaw - Tchatchi, puis Tilou -Enitewow et Tchatchi-Yizengaw

En 3 semaines environ, ils ont d'eux même laissé tomber leur prénom éthiopien dans leurs conversations entre eux, même quand ils parlaient encore amharique la moitié du temps.

Nous avons continué d'utiliser les 2 prénoms accolés, jusqu'au jour où ils ont dit qu'ils s'appelaient TILOU et TCHATCHI  et... ils ont fait la grimace en entendant leur prénom éthiopien (sans doute écorché depuis des semaines par nos larynx peu doués pour les langues !) Par contre nous les avons conservé, ainsi que leur patronyme, en 3e et 4e position dans leur état civil (franchement nous n'avons jamais réussi à prononcer correctement leurs prénoms éthiopiens) ;

Nous avons aussi "offert" comme un cadeau leurs nouveaux prénoms aux garçons : étiquettes avec leur prénom décoré sur chaque objet nouveau que nous leur donnions, où pour se repérer dans la maison et les rangements, avec leur photo à côté du prénom...

 En fin de compte, pour l'état civil, ils portent chacun (dans l'ordre) 2 prénoms français, le prénom éthiopien qui  figure sur l'acte de naissance éthiopien, le nom de leur père éthiopien, et 3 prénoms français relatifs à notre famille. (Lors de notre rencontre avec une responsable de notre OAA, elle a dit que chaque prénom pouvait être ressenti comme un cadeau supplémentaire, ce n'est pas tombé dans l'oreille de sourds ! et en effet, ils sont très fiers de porter les prénoms de telle ou telle personne de la famille)

Des mois plus tard, Tilou nous a raconté que le prénom que l'on nous a indiqué comme le sien à l'attribution est en fait un nom choisi par sa grand mère maternelle (quand elle les a recueillis après la mort de leurs parents et avant de les "louer" comme esclaves-bergers à des propriétaires de bétails - à 3 et 5 ans…). Il portait avant un autre prénom, tout aussi difficile à prononcer, qui n'avait rien à voir ; mais c'était le prénom choisi par son papa et sa maman de naissance, et c'est comme ça que les gens qui l'aimaient vraiment l'appelaient. En apprenant cela, j'ai été d'autant plus heureuse que nous ayons décidé ce changement de prénom, nous l'avons en quelque sorte "débarrassé" de ce nom qui n'était pas le sien et qui le reliait à la période la plus douloureuse de sa jeune vie : son deuil et sa servitude. En plus nous avons appris que le prénom d'un de nos fils lui avait été donné par sa grand-mère après le décès de ses parents. Donc il ne portait même pas, quand il nous a été attribué, le prénom que son papa et sa maman biologiques avaient choisi pour lui.... Ce  prénom d'origine ne figure pas sur son acte de naissance éthiopien... Si les enfants ne nous l'avaient pas raconté, nous l'aurions ignoré. Malheureusement cette histoire est ressortie après le départ du dossier au TGI et nous n'avons même pas pu demander que ce prénom figure dans l'état civil français.

Par ailleurs, j'ai noté soigneusement chaque récit qu'ils faisaient de leur passé, pour répondre aux questions de leur future adolescence, et bien m'en a pris, car aujourd'hui ils ont oublié beaucoup de noms des personnes et des lieux qu'ils ont connus avant l'adoption.

 

 

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