Dimanche

 

    Ce matin, nous sommes allés à la Messe à l’église du Saint Sauveur, en anglais. Nous avons mieux compris sans doute que si nous avions participé à l’office précédent, en amharique, mais c’était figé « so british » ! Arrivés avec un peu d’avance, nous avions entendu la fin de la messe éthiopienne, très animée et chantée dans le genre renouveau africain. A l’issue, nous avons discuté avec un Français assez âgé qui vit en Ethiopie depuis 1964. Le monde étant tout petit, il se trouve qu’il est du même coin que l’un des parents du groupe ! Il s’est marié avec une éthiopienne et leurs trois enfants, adultes aujourd’hui, ont fait leurs études supérieures en France.
Nous passons la fin de la matinée avec nos enfants. Je constate à nouveau combien Enitewow aime que l’on prenne du temps pour jouer avec lui tout seul, « les moments de qualité » est son langage de l’amour préféré. Yizengaw se love dans nos bras et donne autant de bisous qu’il en reçoit, autant avec Petit Coeur qu’avec moi. Il se cale sur nos genoux et de cette position (« imprenable » !) il observe alentour, suit les activités des autres, sourit, et redemande un baiser ! Très certainement, son langage de l’amour préféré, à lui, est « les gestes de tendresse ». Quant à leurs tempéraments (selon RMM) ils semblent aussi « bons »  que « généreux ». Peut-être Enitewow est-il davantage « généreux » et Yizengaw plutôt « bon » ?En ce qui concerne leur défaut d’être, je me demande si Enitewow est « jaloux » ou « violent » et si Yizengaw est plutôt « paresseux » que « violent » … à voir… 

            A midi, nous découvrons le plat national l’Injera. Tout d’abord nos enfants nous ont fait goûter de leur déjeuner. Une fois à table, servis, le benedicite dit, ils nous ont fait signe d’approcher, et prenant un morceau de galette trempée dans la sauce, ils nous l’ont enfournée en bouche. Ils étaient fiers ! Nous les avons remerciés en amharique « amessé guenallo ».

Nous avions le même menu à la maison des parents.

L’injera est donc une sorte de crêpe de teff (céréale locale) dont la pâte est laissée à fermenter pendant quelques jours avant la cuisson. Les mamas avaient cuisiné 4 sortes de sauces pour l’accompagner, deux piquantes et deux douces pour nos palais occidentaux. Il y a beaucoup d’oignons, c’est très parfumé, j’ai beaucoup aimé la saveur aigrelette de l’injera et sa consistance très souple, presque spongieuse.  Il faut déchirer de larges bandes de galette, en tapisser son assiette, verser de la sauce par-dessus. Ensuite on prend des morceaux d’injera sur le bord et on les trempe dans la sauce, mmmmhhhhhhhhh ! Quartiers de fruits au dessert, oranges (elles sont vertes mais très douces), papayes, ananas, bananes… Suivis du café (Bunna) qui est délicieux et donne lieu à un très beau rituel d’hospitalité.

Après un petit moment calme au frais, sous les grands parasols du jardin, nous retournons à la « Petite Maison ». Assefa est venu avec les dossiers des enfants, Enitewow et Yizengaw ont de belles dates de naissance, celles que je souhaitais, 8 décembre (Notre Dame de La Prière) et 13 mai (Notre Dame du Rosaire). Assefa a répondu très patiemment à toutes nos questions sur l’origine et le passé de nos petits. C’est ainsi que nous avons appris avec un grand désarroi que l’un de nos petits a été placé comme domestique (esclave même) et qu’il a été très difficile de le récupérer (racheter). Mon cœur s’est serré et j’en reste blessée encore aujourd’hui. Avant que cet enfant puisse exprimer puis oublier cette souffrance, les mots nous manqueront pour nous comprendre, il nous faudra veiller à ce que les petits services que nous demandons aux enfants ne soient pas perçus comme une nouvelle servitude. Il faudra faire les choses avec lui, j’ai peur qu’il croie qu’il vient en France pour servir. Le passé de nos enfants, toute leur histoire est comme une sorte de  momie, bien emmaillotée, qu’il nous faudra découvrir au fur et à mesure qu’il en déferont les nœuds , sans trop y toucher de peur de briser quelque chose.    

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