J'ai rassemblé mes souvenirs pour faire mémoire et témoigner de ce que le passage de Paule dans ma vie a transformé, approfondi, mûri. Elle a été mon accompagnatrice spirituelle de façon très régulière pendant environ 3 ans, de 1995 à 1998, puis lors de rencontres plus espacées deux ou trois fois l'an presque jusqu'à sa mort, puisque je ne venais plus à Solignac que pour les rassemblements des Maisons de l’Alliance et le Festival des Familles et que sa maladie rendait l'exercice épuisant pour elle.

 

 Mais, commençons par le commencement, ma rencontre avec Paule. Je me rappelle que c’était un dimanche d’Octobre 1994, près d’un arbuste, sur la terrasse à Solignac. À l’époque, je n’avais aucune idée du Renouveau Charismatique, peut-être avais-je vaguement entendu parler du Verbe de Vie, puisque depuis juin nous avions été invités à participer à la Maison de l’Alliance d’Anne et Eric. Ce fameux dimanche d’octobre, le Conseil Diocésain de la Pastorale Familiale proposait une Journée des Familles et l’Abbaye Saint Eloi nous accueillait.

 

Je participais à cette journée  (responsable du Centre de Préparation au Mariage) avec Poulette et Tilion ; Petit Coeur venait de partir en mission à l’étranger pour plusieurs mois. A l’heure du goûter je me suis trouvée à discuter avec Paule à côté de cet arbuste qui a été coupé depuis.

J’étais à l’époque très peu encline à parler de mes soucis en dehors d’un cercle d’intimes, et voilà que j’exposais mes difficultés à supporter l’absence de mon mari, et mes craintes au sujet de mes enfants privés de leur père, à une inconnue.

1.     L'écoute  : C'était le premier cadeau de Paule : Une écoute gratuite, bienveillante, qui ne cherche pas à vous coller des solutions prêtes à l’emploi, avec de temps en temps une réflexion bien réaliste pour redescendre les pieds sur terre quand on commence à s’apitoyer sur soi-même. « Avec ce métier, vous deviez bien vous attendre à ce qu’il parte comme çà. » J’ai gardé cette parole en mémoire, au début je l’ai trouvée un peu rude, puis j’en ai vu la justesse. Je savais dès avant d’épouser un militaire que j’aurais à vivre des séparations comme celle-ci, mais je trouvais çà injuste. Alors j’ai compris que ce n’était pas injuste, seulement pénible, j’ai pu ensuite vivre mes difficultés en les offrant comme un sacrifice pour la Paix, ma contribution à « l’effort de paix ». Quelques semaines plus tard, en cheminant avec la Maison de l’Alliance, j’ai découvert le Verbe de Vie et la proposition de l’accompagnement spirituel. Paule est donc devenue mon accompagnatrice et nous nous rencontrions tous les mois.

2.      La Confiance : Avec Paule, j’ai appris à faire confiance au Père, à reconnaître les signes de Sa Providence dans ma vie, à m’appuyer sur le Christ, mon Rocher, à demander l’Esprit Saint, à vraiment compter sur Dieu à chaque moment de mes journées, me confier à Lui pour la nuit, Lui confier mes enfants, mon époux.

 3.      La Louange.

J’ai découvert une nouvelle relation avec le Seigneur : la louange ; Je ne savais pas louer, je rendais grâces, je demandais, j’intercédais, mais la louange ??? Ce faisant j’ai expérimenté ce qui n’étais qu’une connaissance intellectuelle : Dieu est Trinité, je pouvais m’adresser non à une représentation mentale de Dieu mais à l’une et les autres personnes de la sainte Trinité.

4.      Saint Joseph                                               

J’ai fait connaissance avec Saint Joseph en particulier et la communion des Saints en général. Pour moi il était un personnage du passé, très passé, sympathique, admirable, mais vraiment dépassé. Paule m’a enseigné combien il pouvait protéger ma famille et mes enfants, surtout durant l’absence de Petit Coeur. J’ai acquis la conviction que je pouvais avoir la même relation avec tous les Saints du Ciel, ils étaient Vivants, j’avais affaire à des personnes et pas à des images glorieuses du passé.

 5.      Place au père :

Paule m’a également montré comment laisser plus de place à mon chéri. Dans notre vie de famille, j’ai pu me placer « sous »lui, « derrière » lui, peu à peu savoir compter plus sur lui, me rendre compte qu’il est un père formidable à sa façon qui est très bonne, et cesser de croire que j’étais plus « compétente » que lui pour m’occuper des enfants.

6.  Le Chant :

Paule m’a « fait chanter » ( !)  J’étais très gênée à l’idée d’entendre ma voix, parler en public, chanter m’était très pénible. J’étais prisonnière de paroles négatives sur ma voix (« voix de casserole » ; « chante faux ») J’ai pu en parler à Paule qui me demandait si je priais à voix haute, je me suis rendu compte que je supportais mal d’entendre ma propre voix, que je me jugeais avec les même paroles. J’ai été complètement libérée de ce complexe et merci Seigneur, parce que j’aime beaucoup chanter ! C’est assez drôle même, car cette guérison me rappelle toujours que c’est par et pour le Seigneur que l’on est guéri : je suis incapable de retenir l’air et les paroles des tubes à la mode tandis que je mémorise sans effort la plupart des chants de la liturgie ou de louanges. D’autre part, je suis très facilement enrouée, je suis presque aphone avant et après, mais jamais pendant la messe, je l’ai spécialement vérifié les jours où j’avais à diriger le chant à la messe paroissiale.

7.  Marie    Marie Paule m’a fait connaître Marie comme une mère à aimer dans le concret, elle l’a fait descendre du ciel pour moi. En me montrant sa vie très concrète à Nazareth, son sens pratique (« ils n’ont plus de vin »), Paule m’a fait comprendre que Marie s’intéressait aussi aux taches les plus inintéressantes des mères de famille.

8.      8. L’Eglise

Je connaissais l’Eglise comme une institution fondée par le Christ, en discutant avec Paule, j’ai appris à aimer l’Eglise comme une mère à qui l’expérience a donné de savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi, pour l’homme en général. Son refus de critiquer les prêtres, les évêques, son encouragement à l’obéissance et soumission à des décisions pas bien comprises m’ont beaucoup aidée, pour le témoignage et la réflexion avec les jeunes couples que nous rencontrions dans le cadre de la Préparation au Mariage, et aussi dans la lecture d’Evangelium Vitae avec la Pastorale de la Santé.

9.      La « sainte indifférence »

Au cours d’un Festival des Familles très éprouvant par l’attitude de notre fils aîné, j’étais souvent tentée de le réprimander ou de me plaindre de lui ; Paule m’a enseigné, je me souviens que nous étions dans le couloir des Pères, la sainte indifférence pour toutes les « piqûres » d’orgueil, d’inquiétude et autres qui atteignent une mère dont l’enfant ne se comporte pas aussi angéliquement qu’elle le rêve !

10.     Être

Depuis qu’elle était malade, Paule m’a plusieurs fois édifiée sur sa façon d’ÊTRE mère, alors qu’elle ne pouvait plus rien FAIRE. J’ai enfin compris qu’être mère n’est pas seulement faire des choses pour ses enfants. Mon programme actuel est d’essayer d’être mère, rester mère, alors que je n’ai (presque) plus rien à faire.                                                                                                                        Je dois préciser bien sûr que tous ces cadeaux que j’ai reçus par Paule, me viennent du Seigneur, elle me les a offerts de Sa part, non seulement pendant nos échanges dans l’accompagnement, mais aussi, j’en suis persuadée, par son intercession pour moi dans l’intervalle de nos rencontres.

 Et je n’oublie pas qu’elle continue de prier pour moi aujourd’hui, je suis très heureuse d’avoir une amie comme elle au ciel, je lui confie souvent mes intentions les plus chères.

 Voilà, toutes ces merveilles que le Seigneur a faites dans mon existence avec Son petit pinceau Paule.

 

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