C’est l’été, les vacances ; le farniente s’installe tout doucement même quand les congés se font encore rêver…

Le soir, le samedi, le dimanche, il faut enjamber les « cadavres » des « hommes » de la famille fascinés par la Petite Reine. (Dieu merci, ils ne réclament ni bière ni chips !)

D’autres, qui sont déjà en vacances, les juillettistes, se font consciencieusement griller pile et face, sur le sable chaud, enduits d’huile parfumée au monoï.

D’autres encore vont très très loin admirer de magnifiques sites inoubliables. Ils s’ennuient tant 11 mois par an oubliant de regarder la beauté de leur environnement naturel.  Quand il suffit de juste prendre sa bicyclette ou le train pendant quelques minutes…

 pour flâner sous le ciel bleu sur un petit chemin ravissant…

où l’on grappille des mûres aux talus, parfois à la lisière d’une vigne,…

 en admirant un merveilleux panorama de creux et de vallons, de champs moissonnés, de bosquets, de fermes de pierre…

 et quand on a de la chance : apercevoir au loin les Pyrénées…

mieux encore : la ligne bleue des Vosges !

Si l’on ne sait pas jouir de ce bonheur simple, saura –t-on apprécier les splendeurs les plus gigantesques et les plus lointaines ???


Certains arpentent les mêmes plages que les premiers, ils suent en poussant de petites charrettes pour leur vendre glaces, chouchous, beignets ou quelque babiole amusante.

Toujours sur ces plages, on en voit qui ont retroussé les manches de leur habit pour rencontrer des frères et sœurs et leur annoncer une BONNE NOUVELLE ; ceux là travaillent dans les vignes du Seigneur, c’est leur apostolat d’été : ils ont des bobs et n’oublient pas leur crème solaire !


Cette année, le champ de mon apostolat d’été sera peint en violet (mauve, parme, lavande, voyez ce qui vous plaît) et j’y rencontrerai beaucoup de vieux laboureurs fatigués, usés par les épreuves de la vie ;


certains très entourés, d’autres presque abandonnés.


Quelques uns souriront et remercieront pour chaque petit geste, d’autres crieront et grifferont parce qu’ils ne savent plus ce qu’ils font, d’aucuns même, le sachant bien, ne cracheront que des mots aigres à leurs prochains.


Ne pensez pas : «Quel ennui de passer tout l’été comme çà ! »
Non, vraiment ! Ne croyez pas çà !
Bien sûr je trouve çà crevant (et même dangereux par moment, j’ai déjà un AES*/BMR** à mon actif), mais je considère surtout comme une grâce de pouvoir être à nouveau, pour quelques semaines « aux (petits) soins » après des mois, passionnants aussi, de bureau. (Bon, je n’irai pas jusqu’à remercier la fille qui nous a fait faux bond au dernier moment, parce que, ce n’est pas très « réglo » et puis vous me connaissez, j’aime bien planifier et tout organiser à l’avance)


Pour ceux qui, sentant la FIN (l'entrée dans LA VIE) arriver, gémissent et s’angoissent, pour ceux qui, n’y étant pas encore, l’appellent et voudraient la hâter, pour ceux même qui la souhaitent aux autres, pour tous ceux là, je serai là.


Parce que c’est ma place, c’est mon apostolat d’été ; et si je rapporte un sourire sur un visage grincheux, l’apaisement d’un pauvre cœur angoissé, un joyeux souvenir à un esseulé, ce sera une prime aux pansements sur les peaux trop fragiles et aux douloureux soins d’escarre ou autres plaies du grand âge ; et je serais ainsi beaucoup mieux payée que par cette ridicule indemnité de dimanche et de jour férié. (Honnêtement, je n’ai pas les moyens de cracher dessus, 3 dimanches + 1 férié, ce sera quand même bon à prendre)


Ce que j’aimerais particulièrement c’est, par raison et par charité, faire admettre à un aigri (impotent depuis plusieurs années et soigné par sa femme jusqu'à son entrée à la maison violette) que la Vie est un don précieux et inaliénable. Cela me serre toujours le cœur de voir des personnes de cette génération adopter les opinions répandues aujourd’hui.


Voici en résumé la dernière conversation que j’ai eue avec lui :

-      Vous devriez descendre manger au restaurant, au lieu de broyer du noir dans votre chambre !

-      Je ne broie pas du noir dans ma chambre, ça m’évite de voir les débris (les autres résidents) qui mangent autour de moi. Je trouve qu’on devrait les éliminer.

-      Nous ne sommes pas James Bond ! Nous n’avons pas le « permis de tuer » ! Et aucune personne ne peut décider qu’une autre a ou n’a pas le droit de vivre

-      Bien sûr chacun ses opinions, mais quand on n’a plus sa tête, qu’on ne sait plus rien faire tout seul, il faudrait que les médecins et la famille puissent décider d’en finir.

-      Peut-être que les personnes qui « n’ont plus leur tête » peuvent encore aimer et donner de la joie à une autre : un baiser, un sourire ?

-      Je respecte toutes les opinions mais moi la mienne c’est que les handicapés et les incurables ne devrait pas vivre et prendre le temps et l’énergie des autres. Moi c’est mon opinion

-      (je sentais venir un couplet écologique et compassionnel pour les « pauvres soignants » qui se « coltinent » les incurables en question et je n’ai pas osé dire :

      « Hitler avait la même opinion que vous, et si votre épouse avait partagé ses vues, nous n’aurions jamais eu cette conversation, car vous auriez quitté cette vallée de larmes alors que j’allais encore au lycée ! »)

Je n’ai rien dit et j’ai lâchement quitté la chambre car j’avais à faire auprès d’une de ces personnes totalement dépendantes qui parfois vous gratifient d’un large sourire, sans réserve, juste parce que vous avez posé votre main sur la leur et que vous les avez regardées dans les yeux.

Mon apostolat d’été, c’est çà, être là pour eux, tous… avec ou sans autonomie, avec ou sans mots, parce que quelque fois la Parole se passe de mots.

"Ce que vous aurez fait au plus petit d'entre mes frères...."



PS : Si l'on m'offre un voyage TFP*** à Assise, Rome ou même (quand on fixe la ligne bleue des Vosges tout devient possible !)Jérusalem ou Terre Sainte entre le 13 et le 22 août, j'accepte avec joie !!!!




* AES  = Accident par Exposition au Sang
** BMR = Bactérie Multi Résistante
*** Tous Frais Payés (ben oui, si vous n'aviez pas compris : je suis fauchée !)

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