L'adieu des prêtres éthiopiens et érythréens au "grand ami de l'Afrique"

A la porte Sainte-Marthe, l'une des entrées latérales du Vatican, les gardes semblent submergés. Les interphones ne cessent de grésiller. Les voitures se pressent pour entrer. On vient rendre hommage à la dépouille de Jean Paul II, dans la salle clémentine, au deuxième étage du palais apostolique. En principe, il s'agit, en ce premier jour de deuil, d'un privilège réservé aux autorités, mais la foule a grossi de façon démesurée. En début d'après-midi, le cardinal camerlingue, l'Espagnol Eduardo Martinez Somalo, qui assume les fonctions administratives sur l'ensemble du Saint-Siège, décide d'arrêter le flux. De nombreuses personnes sont refoulées. Elles devront attendre l'exposition au public de la dépouille, dans la basilique Saint-Pierre, lundi 4 avril.

Le long défilé de personnalités a été ouvert par le président de la République italienne, Carlo Azeglio Ciampi, qui devait recevoir le pape le 29 avril. Parmi ceux qui ont été admis à entrer, un petit groupe de prêtres africains vivant au Vatican : les pensionnaires du Collège éthiopien, la seule structure de ce genre à l'intérieur des murs. Le Père Hagos Weldu a du mal à garder son souffle en montant vers la résidence, située sur les hauteurs. Le calme des jardins, autour, contraste avec la foule assemblée place Saint-Pierre.

VISION DU MONDE

"Jean Paul II était un grand ami de l'Afrique. Il savait communiquer, pas seulement avec la parole, mais en chantant, en dansant avec nous. Lui qui avait vécu l'expérience de la guerre en Pologne comprenait bien ce que peuvent être les conflits en Afrique", confie le prêtre, originaire du diocèse de Tigrat, frontalier de l'Erythrée, venu se spécialiser en management pour retourner travailler dans sa région, la plus pauvre de ce pays pauvre. Il se dit à la fois triste et heureux que le pape, "soit rentré dans la maison du Père".
Jean-Paul II dans sa papamobile lors de son voyage au Niger.(Photo : AFP)
"Le Collège est le meilleur exemple de la vision du monde de Jean Paul II", dit-il. Ils sont une vingtaine, Ethiopiens et Erythréens, à y vivre ensemble. Leurs pays se font la guerre mais, ici, ils cohabitent en paix. C'est l'enseignement de Jean Paul II. "L'Eglise n'a pas de frontières." Dans la Curie romaine, certains avaient songé à fermer le Collège : le pape l'a défendu, comme symbole d'unité à maintenir à tout prix.

En ce dimanche de deuil, le Collège est silencieux. Pendant deux nuits, les prêtres ont veillé. Ils connaissaient le souhait de Jean Paul II de mourir chez lui : "Une passion, comme celle du Christ", souligne le Père Hagos. Un prêtre érythréen, près de lui, acquiesce. Un autre se demande tout haut : "Le nouveau pape parviendra-t-il à maîtriser, comme Jean Paul II, les énormes problèmes de la modernité, de la globalisation, qui affligent le monde d'aujourd'hui ?"


La réponse n'arrive pas. Mais à la question de savoir si le prochain pape pourrait être un Noir, ils répondent en choeur que, non, le temps n'est pas encore venu...

Salvatore Aloïse

 

 

 

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