Certains enfants veulent véritablement "effacer" leur passé. Chez nous c'était le cas de Tilou qui manifestait même son opposition et sa gêne si nous passions de la musique éthiopienne. Mais Tchatchi parlait avec plaisir de sa maman de naissance et Tilou complétait alors ses récits. Dès qu'ils ont eu un peu de vocabulaire, à peu près 3 semaines après leur arrivée, ils ont raconté, moitié phrases-moitié mime, le décès successif de leur père, de leur mère et de leurs 3 frères.

Ce moment a été excessivement poignant, j'ai eu l'impression qu'ils voulait "lâcher le morceau" pour se permettre d'oublier, de dépasser, d'enterrer ces évènements traumatisants. Nous les avons aidé à "sortir" leur histoire en saisissant chaque occasion où ils évoquait même brièvement leur passé, en posant une question ou en reformulant leur phrase pour leur montrer combien cela nous concernait.

 La question de la couleur a été très présente pour nos fils, ils la soulignaient fréquemment, ils étaient surpris de voir qu'ici tout le monde était "farendj", dès les premières semaines. Pendant quelques temps ils ont même pensé qu'ils deviendraient aussi clairs que nous à force de vivre en France. Ils l'ont fortement désiré même, avec regret quand nous répondions qu'ils étaient très beaux comme çà et qu'ils garderaient leur belle couleur de chocolat au lait toute la vie !

Question sentiments, mon Tilou est un peu du genre réservé, comme Tilion, alors j'avais déjà le mode d'emploi !

Je pose des questions, sans insister s'il n'y a pas de réponse. Mais quand il manifeste un sentiment (on reconnaît les signes de la peur, de la tristesse, de la joie, ou de la colère...) Je nomme ce sentiment, je "le parle" en disant et répétant que ces sentiments ne sont ni bons ni mauvais mais naturels. Ils sont juste dans notre nature, une façon de réagir à notre environnement, à un évènement ou une illustration de notre climat intérieur, si une pensée joyeuse, triste, inquiétante ou énervante nous traverse...

Mes deux "taiseux" ne sont pas devenus de grands communiquants mais ils vivent leurs sentiments avec moins d'angoisse car ils les reconnaissent et savent se faire consoler ou rassurer si besoin. Par contre, ils savent aussi que nous ne voulons pas certains excès dans l'expression de ces sentiments (on ne casse pas quelque chose, on ne tape pas, on ne refuse pas une activité par peur (déraisonnée) d'un problème...)

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