"Les vacances sont, en outre, des jours pendant lesquels on peut se consacrer plus longuement à la prière, à la lecture et à la méditation sur les significations profondes de la vie, dans le cadre serein de sa famille et de ses proches. Le temps des vacances offre des opportunités uniques de s'arrêter devant les spectacles suggestifs de la nature, merveilleux "livre" à la portée de tous, grands et petits. Au contact de la nature, la personne retrouve sa juste dimension, elle redécouvre qu'elle est une créature, petite mais dans le même temps unique, en mesure "d'accueillir Dieu" car intérieurement ouverte à l'infini. Poussée par la demande de sens, qui est pressante dans son cœur, celle-ci perçoit dans le monde environnant l'empreinte de la bonté, de la beauté et de la providence divine et elle s'ouvre presque naturellement à la louange et à la prière."

Benoît XVI
Angelus, dimanche 17 juillet 2005 (Les Combes, Val d'Aoste)



Neuilh-aout-2010--19-.JPGC’est l’été, les vacances ; les congés sont bientôt terminés, la famille bientôt dispersée ; les grands vont repartir, encore un camp chacun et puis la rentrée…

Je suis fière d'eux, même si nous n'offrons pas l'image de la réussite, entre le chômage et les redoublements, ils ont au moins appris à se donner à offrir du bonheur avant de rechercher leur propre plaisir...

Neuilh-aout-2010--4-.JPGTout en ayant chacun les activités de son âge, nous sommes parvenus cette année à une certaine unité paisible : quinze jours de repas en famille avec fous rires et sans (trop) de bouderies et aucune (je n'en reviens pas moi-même !) dispute.

Les vacanciers "qui ont réussi dans la vie" se font consciencieusement griller pile et face, sur le sable chaud, enduits d’huile parfumée au monoï, sans accorder un regard à ceux qui, arpentant les mêmes plages, suent en poussant de petites charrettes pour leur vendre glaces, chouchous, beignets ou quelque babiole amusante.

 

Toujours sur ces plages, on en voit qui ont retroussé les manches de leur habit pour rencontrer des frères et sœurs et leur annoncer une BONNE NOUVELLE ; ceux là travaillent dans les vignes du Seigneur, c’est leur apostolat d’été : ils ont des bobs et n’oublient pas leur crème solaire ! Parfois loin des plages, d'autres encore emmènent des plus démunis rêver, ne plus être seuls, certains sont auprès des sinistrés de différentes catastrophes naturelles, en Vendée, dans le Var, en Haïti...  

D'autres vont bien loin admirer des sites remarquables, ils s'ennuient le reste de l'année en oubliant de regarder les merveilles qui les entourent. 

Neuilh août 2010 (21)Pourtant il suffit de juste prendre sa bicyclette ou le train pendant quelques minutes…

 pour flâner sous le ciel bleu sur un petit chemin ravissant…

où l’on grappille des mûres aux talus, parfois à la lisière d’une vigne,…

 en admirant un merveilleux panorama de creux et de vallons, de champs moissonnés, de bosquets, de fermes de pierre…

 et quand on a de la chance : apercevoir au loin les Pyrénées…  mieux encore : la ligne bleue des Vosges ! (j'allais oublier : le massif de la Sainte Baume)

Si l’on ne sait pas jouir de ce bonheur simple, saura –t-on apprécier les splendeurs les plus gigantesques et les plus lointaines ???

Cette année encore, le champ de mon apostolat d’été est mauve, parme, lavande, et j’y rencontre beaucoup de vieux laboureurs fatigués, usés par les épreuves de la vie ;

certains très entourés, d’autres presque abandonnés.
Quelques uns sourient et remercient pour chaque petit geste, d’autres crient et griffent parce qu’ils ne savent plus ce qu’ils font, d’aucuns même, le sachant bien, ne crachent que des mots aigres à leurs prochains.

Ne pensez pas : «Quel ennui de passer tout l’été comme çà ! »
Non, vraiment ! Ne croyez pas çà !

Bien sûr je trouve çà crevant, mais je considère surtout comme une grâce de pouvoir être à nouveau, pour quelques semaines « aux (petits) soins » après des mois, passionnants aussi, de bureau.

  Pour ceux qui, sentant la FIN (l'entrée dans LA VIE) arriver, gémissent et s’angoissent, pour ceux qui, n’y étant pas encore, l’appellent et voudraient la hâter, pour ceux même qui la souhaitent aux autres, pour tous ceux là, je serai là.


Parce que c’est ma place, c’est mon apostolat d’été ; et si je rapporte un sourire sur un visage grincheux, l’apaisement d’un pauvre cœur angoissé, un joyeux souvenir à un esseulé, ce sera une prime aux pansements sur les peaux trop fragiles et aux douloureux soins d’escarre ou autres plaies du grand âge ; et je serais ainsi beaucoup mieux payée que par cette ridicule indemnité de dimanche. (Honnêtement, je n’ai pas les moyens de cracher dessus, c'est quand même bon à prendre)


Ce que j’aimerais particulièrement c’est, raisonnablement, charitablement, faire admettre à un vieillard bougon que la Vie est un don précieux et inaliénable. Comment les personnes de cette génération peuvent-elles adopter les opinions létales à la mode ?


Régulièrement j'ai avec lui le même genre de conversation :

-      Vous devriez descendre manger au restaurant, au lieu de broyer du noir dans votre chambre !

-      Je ne broie pas du noir dans ma chambre, ça m’évite de voir les débris (les autres résidents) qui mangent autour de moi. Je trouve qu’on devrait les éliminer.

-      Nous ne sommes pas James Bond ! Nous n’avons pas le « permis de tuer » ! Et aucune personne ne peut décider qu’une autre a ou n’a pas le droit de vivre

-      Bien sûr chacun ses opinions, mais quand on n’a plus sa tête, qu’on ne sait plus rien faire tout seul, il faudrait que les médecins et la famille puissent décider d’en finir.

-      Peut-être que les personnes qui « n’ont plus leur tête » peuvent encore aimer et donner de la joie à une autre : un baiser, un sourire ?

-      Je respecte toutes les opinions mais moi la mienne c’est que les handicapés et les incurables ne devrait pas vivre et prendre le temps et l’énergie des autres. Moi c’est mon opinion...   (suivit un couplet écologique et compassionnel pour les « pauvres soignants » qui se « coltinent » les incurables en question)

Je ne dit rien et je quitte la chambre car j’ai à faire auprès d’une de ces personnes totalement dépendantes qui parfois vous gratifient d’un large sourire, sans réserve, juste parce que vous avez posé votre main sur la leur et que vous les avez regardées dans les yeux.

Mon apostolat d’été, c’est çà, être là pour eux, tous… avec ou sans autonomie, avec ou sans mots, parce que quelque fois la Parole se passe de mots.

 

"Ce que vous aurez fait au plus petit d'entre mes frères...."

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