Aujourd'hui, celà fait exactement 5 ans que nous avons reçu LE coup de fil magique qui nous apprît que nous allions une nouvelle fois devenir Papa et Maman !
Pour fêter çà, voici un très beau texte !

Si je suis enfant, échappé du carnage nocturne,
retenu par un fil d'amour, lancé je ne sais d'où ;
Si je suis enfant tombé du nid, abandonné par père et mère envolés
ou mortellement blessés aux barreaux de leur cage ;
Si je suis enfant nu, sans vêtement d'amour, ou vêtements empruntés,
mais ayant droit de vivre, puisque je suis vivant.

Et si au même moment des amants pleurent, devant leur berceau vide,
se consumant du désir de choyer un enfant ;
S'ils sont riches d'amour qu'ils jugent inemployé,
et qu'ils veulent, gratuitement, le donner,
pour que pousse et fleurisse ce qu'ils n'ont pas planté,
Alors, je veux bien qu'ils viennent, silencieusement me demander
si je désire les adopter, pour mes parents de cœur.

Mais je ne veux pas d'obsédé de l'enfant, tels des collectionneurs d'objet d'art,
recherchant fiévreusement la pièce rare, manquant à leur vitrine.
Je ne veux pas de clients qui ont passé commande, et réglant la facture
viennent réclamer leur bébé préfabriqué.
Car je ne suis pas fait pour sauver des parents, aux membres amputés.
Mais eux ont été faits, mystérieux cheminement, magnifique projet,
pour sauver des enfants au cœur malade, peut-être même condamné…

… Et nous nous apprivoiserons…

Je boirai un lait dont j'ignorais le goût,
J'écouterai des musiques inconnues, apprendrai de nouvelles chansons,
Sur vos doigts, sur vos lèvres, parents adoptés, je déchiffrerai lentement
l'alphabet de tendresse,
Et l'amour inconnu, pour moi prendra visage, à la lumière de vos yeux.

Vous grefferez vos vies sur ma pousse sauvage, et grâce à vous
je renaîtrai pour la seconde fois.
Je serai alors riche de quatre parents,
Deux seront de ma chair, et deux seront pour mon cœur et ma chair grandie.

Vous ne jugerez pas mes géniteurs, inconnus vous les remercierez,
et vous m'aiderez à les respecter,
Car il me faudra parvenir, je le sais, à les aimer dans l'ombre,
si je veux pouvoir, un jour, m'aimer dans la lumière.

Et si un soir d'orage, adolescent fougueux, empêtré de moi-même,
je vous reproche durement de m'avoir accueilli,
Ne soyez pas peinés, aimez-moi davantage,
Car vous le savez, pour qu'une greffe prenne, il faut une blessure,
et la blessure fermée, demeure la cicatrice…

Mais je rêve…
Je rêve, car je ne suis qu'un enfant en voyage, loin de la terre ferme.
Ma parole est muette et mon chant sans musique.

Ce que je vous dis tout bas, je ne pourrai le dire haut,
que le jour où m'ayant vous-même adopté
vous aurez mis en mon cœur assez d'amour et d'authentique liberté,
sur mes lèvres suffisamment de mots,
pour que je puisse dire : papa, maman, je vous choisis et vous adopte.

Alors, vous saurez que votre amour est don, et qu'il est réussi.


Michel Quoist.

Michel Quoist, né au Havre en 1921 et mort au Havre le 18 décembre 1997, est un prêtre et écrivain français.

Son père étant mort très tôt, il travaille comme coursier à l’âge de 14 ans. Il cherche un sens à sa vie, « une source pour naître et une mer pour se jeter ». Apprenti, il découvre puis milite à la Jeunesse ouvrière chrétienne et devient prêtre en 1947. Il ne cessera de s’intéresser aux jeunes comme aumônier ou écrivain.

Après de hautes études à l'Institut des sciences sociales et politiques, chercheur et praticien, il met au point une méthode d'enquête urbaine devenue un classique. Il rédige ainsi une thèse de sociologie sur un vieux quartier de Rouen, La Ville et l’homme, puis revient au Havre comme vicaire, puis curé de paroisse.

Pasteur en paroisse, aumônier de l'Action catholique, en lien avec les grandes initiatives religieuses d'après-guerre, il publie en 1954 Prières, qui obtient un grand succès : 2.500.000 exemplaires ont été vendus de par le monde.

Ses ouvrages sont édités à des millions d’exemplaires et traduits en 27 langues Il est très connu notamment en Amérique latine.

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